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Selim Derkaoui : “La nuit exacerbe nos conditions sociales et raciales”
Tout commence dans une cellule d’un commissariat parisien. Un matin de 2025, au terme d’une soirée bien arrosée, le journaliste indépendant Selim Derkaoui se retrouve en garde à vue, après une altercation avec des policiers – ce dont le trentenaire n’a aucun souvenir. La sévère gueule de bois qu’il traverse entre ces quatre murs l’invite à l’introspection et à une réflexion plus générale sur notre rapport à la nuit, à la fête et à l’alcool. Parce qu’elle est « socialement située », la façon dont on occupe ses soirées reflète notre place dans la société. « On ne vit pas la même nuit selon sa couleur de peau, sa classe sociale, son genre ou son orientation sexuelle », explique-t-il. C’est le point de départ d’un livre passionnant, « l’Arabe du samedi soir » (Seuil). Selim Derkaoui y explore les rituels et les ressorts de la « nuit populaire », en se concentrant sur ce qu’il connaît intimement : celle des « hommes racisés et prolétaires ». Puisant dans ses expériences nocturnes personnelles, des premières soirées à picoler du mousseux derrière l’église Saint-Pierre de Caen à sa plongée dans la night parisienne, il livre une réflexion puissante sur la lutte des classes qui se poursuit à la tombée du jour. En quoi « l’utopie nocturne est un mirage égalitaire », comme vous l’écrivez dans votre livre ? Selim Derkaoui La légende raconte qu’à la tombée du jour les inégalités s’effacent au profit d’une communion festive. Mais rien n’est plus faux. Au contraire, la nuit prolonge et parfois même exacerbe nos …
Source
Le Nouvel Obs
· Anna Topaloff