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REPORTAGE. Cueilleurs amateurs, propriétaires ramasseurs, trafiquants étrangers... L'économie en partie souterraine de la récolte des champignons
La saison des champignons commence. D'où viennent les cèpes ou les girolles que l'on retrouve sur les étals ou à la carte des restaurants ? Une partie est importée de l'étranger, parfois vendue comme étant des champignons français, mais l'autre est bel bien cueillie par des ramasseurs dans nos forêts. L'économie est en partie souterraine. à lire aussi "Les confusions sont fréquentes" : quatre conseils pour cueillir des champignons sans s'empoisonner Cueillir des champignons, Benjamin Py en a fait un métier. "Je suis le créateur de Champis d'Ariège", se présente-t-il. Passionné par les champignons depuis tout petit, il a acheté deux hectares de bois au pied des Pyrénées. On y accède par des petites routes sinueuses, puis des chemins. Il précise "pour le coup, mes parcelles sont plutôt bien cachées".Nous voilà sous les chênes, les châtaigniers et les hêtres. Le sol est trop sec, il y a peu de chances que la cueillette soit bonne. "Si on en trouve un, j'irai le voir pour être sûr qu'il est comestible et que je ne me suis pas trompé d'espèce. Après, bien le nettoyer, le mettre sur un panier à plat. Les ramener rapidement, les mettre au frais ou les livrer de suite", explique Benjamin Py. Il revend notamment à des restaurateurs, à la recherche de champignons cueillis dans la journée."Je fixe les prix, aux alentours de 25 euros le kilo."Benjamin Py, créateur de Champis d'Ariègeà franceinfoIl a vendu une quinzaine de kilos depuis le mois d'août, pour quelques centaines d'euros. C'est un complément de revenu pour ce prof de sport qui a décidé de déclarer son activité et de délivrer des factures. La pratique n'est pas très répandue. C'est un de ses arguments de vente. "Ãa rassure énormément. Mais dans tous les cas, les chefs n'ont pas le droit de prendre des champignons sans factures, sans traces derrières. Pour la traçabilité ils me demandent tout le temps la facture et c'est normal", indique-t-il.Mais en réalité, monsieur et madame tout le monde peuvent vendre des champignons en se tournant surtout vers des collecteurs. Ce sont des courtiers qui achètent les cueillettes pour les revendre ensuite à des primeurs ou des restaurateurs."C'était une folie"Au téléphone, un courtier explique. "Les cèpes, girolles, pied-de-mouton, girolles grises tout ça, on achète bien sûr. On trie par catégorie. Les premiers choix et deuxième choix. Il y a des cours et je les achète les champignons. On les pèse et on les paye tout simplement." C'est parfaitement légal ! Les collecteurs peuvent acheter à des particuliers. Mais ces champignons doivent avoir été cueillis dans les règles. Les propriétaires d'un terrain peuvent vendre ce qui pousse dessus. Si le cueilleur n'en possède pas, il doit avoir un permis de cueillette du propriétaire. Un document quasiment impossible à vérifier.C'est la porte ouverte à des dérives, que constate Michel Bidaubayle. Il préside une association qui regroupe une centaine de propriétaires forestiers du petit village de Caixon, dans les Hautes-Pyrénées. Ils ont décidé de s'unir pour que tout le monde puisse venir cueillir des champignons dans les parcelles mais dans un cadre précis. Il faut demander un permis de cueillette et prélever des quantités raisonnables dans ces 250 hectares de bois. à bord de son petit 4x4 bleu Michel nous emmène visiter. Michel Bidaubayle, présidant d'une association qui regroupe une centaine de propriétaires forestiers du petit village de Caixon, dans les Hautes-Pyrénées. (JULES DE KISS / FRANCEINFO / RADIOFRANCE) On monte des sentiers caillouteux, il nous désigne les nombreux spots de champignons dans ces forêts qu'il aime tant. Malheureusement pour lui, ces coins sont bien connus. "Dans cette pente en 2015, il y avait 80 voitures. Et en haut sur ces chemins, il y avait 50 bagnoles. C'était une folie. Vous faisiez 10 mètres, vous ramassiez 5 ou 6 kilos de cèpes. C'était la guerre", se rappelle Michel Bidaubayle.Aujourd'hui c'est bien plus calme. "On va s'arrêter regarder, des fois il y a des cèpes là ." Pas un champignon à l'horizon. Donc personne n'est présent. Tout l'inverse de cet automne 2015. Il y avait "300 à 400 cueilleurs dans le bois, avec toutes les incivilités que l'on peut connaître : pneu crevé, vol, menace verbale et physique. C'était très difficile à vivre." En dix ans, son association a installé des panneaux, régulièrement vandalisés. Elle paye deux gardes assermentés qui font de la prévention et de la répression. L'association se porte également partie civile quand les affaires vont jusqu'au tribunal. Panneau installé par l'association de Michel Bidaubayle pour parer aux incivilités. (JULES DE KISS / FRANCEINFO / RADIOFRANCE) Un policier armé et en gilet pare-balleIl y a du mieux mais toujours des abus, car il y a de l'enjeu. "Il y a l'argent. La majorité des champignons sont ramassés non pas pour être consommés mais pour être vendus. Pour dix kilos de champignons ramassés, je peux vous certifier qu'ils en vendent huit kilos et le reste ils les consomment. Quand il y a une grande pousse de champignons, aussitôt des gens bien attentionnés vont se positionner à des points bien précis. Et vous arrivez avec vos cagettes de cèpes. Vous présentez vos cèpes, ils les pèsent et en fonction de l'état ils vont vous dire combien ça fait au kilo", raconte Michel. à lire aussi "Sauvons nos forêts" : pourquoi la mortalité des arbres a-t-elle doublé en France ces dernières années ? Michel Bidaubayle voudrait que ces collecteurs demandent systématiquement un acte de propriété aux ramasseurs, ou un permis comme ces cartes que délivre son association. Elles sont à 20 euros par an pour les familles d'adhérents et 50 à 80 euros par an pour les autres. Elles servent à ce que chacun puisse profiter dans les règles des bonheurs de la forêt. Mais parfois, la cueillette illégale de champignon est d'une toute autre ampleur.Samuel Chanier, pilote police à l'Office national des forêts à l'agence territoriale Vosges Montagne, sillonne les forêts dans son uniforme. Il est armé et peut porter un gilet pare-balle. Ces forêts pentues de conifères des Vosges sont arpentées, pas tous les ans mais régulièrement, par des trafiquants. "On peut être amené à constater des groupes organisés qui viennent ratisser les forêts", indique-t-il. Les équipes viennent de Roumanie, d'Albanie ou d'Italie."Des groupes d'une quinzaine de personnes, côte à côte pour essayer de ne laisser aucun champignon de bonnes qualité sous leur pied."Samuel Chanier, pilote police à l'office nationale des forêts à l'agence territoriale Vosges Montagneà franceinfo"Ils peuvent trier, ranger ces champignons dans des cageots qu'ils viennent positionner et empiler en forêt dans des zones souvent reculées ou difficile d'accès", détaille l'agent. Parfois ces équipes que l'on voit aussi dans les Landes ou dans le Jura campent la nuit dans la forêt. Une fois les cageots plein, la marchandise se retrouve vite sur des marchés. "On a eu des informations très précises sur des camions transportant des champignons frais. Notamment des cèpes. Sur les marchés à Milan en Italie", explique Samuel Chanier.Les agents de l'Office national des forêts collaborent avec les gendarmes et les douaniers pour démanteler ces réseaux. Ils dressent des barrages routiers quand il y a des poussées. Les sanctions peuvent être lourdes. Dans les Vosges, les auteurs de prélèvements abusifs de champignons à but commercial sont passibles de trois ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende.
Source
Franceinfo
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