Tout d'un coup, un drone apparaît. Pas très grand, à peine quelques centimètres, sans grand danger apparent, mais la menace est prise au sérieux. Derrière son écran, un opérateur le localise sur son écran et le voit arriver. Une fois l'ordre reçu, en un clic, il brouille l'engin hostile. Il ne faut qu'une poignée de secondes pour voir le résultat de son action. "Il a été brouillé, ça a été efficace", explique le militaire qui montre sur son écran le drone ennemi faire demi-tour. Autour de l'opérateur se trouvent un radar, des caméras, un centre de commandement et un brouilleur. Des fusils à pompe ou encore des drones intercepteurs de drones peuvent aussi venir garnir le dispositif. Une véritable bulle pour se protéger d'une menace "fugace", décrit le général de brigade aérienne (GBA) Gilles Juventin, commandant la Brigade aérienne de la posture permanente de sûreté (GBAPPS) du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA). "Si un drone tombe, il doit tomber dans une zone qui n'est pas dangereuse" Avec le lieutenant-colonel Lionel, ils ont supervisé l'exercice XLAD26 au camp de Beynes, dans les Yvelines. 180 participants y ont pris part sur ce site mais aussi à Avord, dans le Cher, à Marseille et à Hyères. Pendant plusieurs jours, une vingtaine de scénarios ont été joués, du simple drone un peu curieux à l'attaque en essaim. "On a été très loin dans les scénarios pour identifier les trous capacitaires"; explique le général de brigade aérienne Gilles Juventin. Le brouillage reste le moyen privilégié pour répondre à la menace du petit drone. "C'est comme si vous criez très fort à côté de deux personnes qui discutent, ça coupe leur communication", explique en des termes plus simples le lieutenant Valentin, responsable de la lutte anti-drones au sein d'un Centre opérationnel de lutte anti-drones. Une fois brouillé, le drone est soit programmé pour retourner à sa plateforme de lancement, soit il est immobilisé et il tombe. "Il y a deux impératifs: être sûr qu'il s'agit bien d'un drone ennemi et ne pas causer des dommages collatéraux en le traitant", poursuit le général Juventin. "Cet impératif est beaucoup plus important dans les grands événements, là où il y a une densité de population extrême. Si un drone tombe, il doit tomber dans une zone qui n'est pas dangereuse, où il n'y a personne en dessous", précise-t-il. D'autres recours que le brouillage XLAD est un exercice qui se tient tous les ans depuis les Jeux olympiques et paralympiques 2024. "On a développé avec les forces de sécurité intérieure, de police et gendarmerie, des savoir-faire. On a développé avec les industriels français des techniques de détection et de brouillage, de neutralisation des drones", raconte-t-il. Mais face à "une menace qui évolue très vite", le général Juventin explique devoir "se remettre en question en permanence et faire évaluer les systèmes et procédures". "Et c'est ce genre de choses qu'on travaille, sur lesquelles on travaille pendant cet exercice", poursuit-il. Et si le brouillage ne fonctionne pas? Le fusil à pompe peut être utilisé comme un drone intercepteur de drones. Mais cette technologie n'est pas encore éprouvée, les engins étant encore au stade du prototype pour la plupart. Preuve en est, lors d'une démonstration devant la presse ce jeudi 17 septembre, il a fallu une longue bataille aérienne et plusieurs drones intercepteurs avant de réussir à abattre l'engin ennemi. "On en est encore qu'à la phase de prototype", glisse l'industriel présent lors de l'exercice. Outre le drone lui-même, l'armée et les forces de l'ordre travaillent aussi sur l'interpellation d'un éventuel pilote malveillant. "La menace, c'est le télépilote. Quelle est son intention? Est-ce qu'il veut juste filmer pour avoir des images à la place de BFMTV? La menace, c'est vraiment le télépilote et ses intentions entre le quidam qui veut prendre les images ou l'individu malveillant qui prépare un mauvais coup", détaille le général Juventin. Cet exercice intervient quelques jours avant la venue de Léon XIV à Paris. Il s'agit de la première visite papale dans la capitale depuis la venue de Benoit XVI en septembre 2008. Alors, le ministère de l'Intérieur promet "un dispositif de sécurité exceptionnel" avec 15.000 forces de l'ordre mobilisées dans la capitale. Parmi eux, entre 80 et 100 personnes travailleront sur la menace contre les petits drones.