Au Parc OL, Corentin Tolisso a fait la connaissance samedi soir avec un certain Jean-Marc Roybier, délégué référent du match OL-Stade Rennais (4-0). Et autant vous dire qu’il n’a pas été convaincu par l’évolution de leur échange au bord du terrain, alors que cette affiche de la 5e journée de Ligue 1 était menacée de ne pas aller au-delà de la 36e minute de jeu. « Le délégué m’a répondu qu’il avait envie de faire comme ça et qu’il faisait comme ça », soupirait après coup le capitaine lyonnais, agacé par cet épisode qui a terni l’éclatante démonstration des hommes de Paulo Fonseca, désormais deuxièmes du championnat. Que s’est-il exactement passé pour qu’on en arrive à ces quinze minutes d’interruption de match, à 2-0 en faveur de l’OL grâce à un doublé d’Ernest Nuamah (7e et 30e) ? Tout part donc de Jean-Marc Roybier, lorsqu’il informe l’arbitre Mathieu Vernice d’une banderole posant selon lui problème dans le virage nord lyonnais. Tandis que M. Vernice informe les capitaines Corentin Tolisso et Valentin Rongier de la situation, le speaker du stade a pour mission de sensibiliser le public, en lisant un texte qui cible « notamment une banderole à caractère discriminatoire constatée en tribunes ». « L’arrêt définitif » évoqué sur OL-Rennes Cette fameuse banderole est la suivante : « Saint-Etienne la concha de tu madre », soit une tendre attention en espagnol à l’égard de l’ASSE (actuellement leader de Ligue 2), comme la féroce rivalité du derby en réserve tant. L’objectif est clair pour le délégué, et par rebond pour l’OL : « faire cesser immédiatement » ces insultes dans le virage. Les écrans géants du Parc OL indiquent également : « Nous vous rappelons que les messages insultants sont interdits dans l’enceinte du stade ». Trois minutes après cette première annonce, la situation n’a pas évolué, puisque la banderole concernée est toujours brandie fièrement. En même temps, elle était déjà visible plus d’une demi-heure avant le coup d’envoi de la rencontre, visiblement sans avoir été repérée par Jean-Marc Roybier. L’étape suivante fait office de sérieuse épée de Damoclès, là aussi lue par le speaker : « Si de tels agissements se reproduisaient, ils seraient susceptibles d’entraîner l’arrêt définitif du match ». Un faux cercueil vert en référence au 0-5 de 2017 De quoi inciter Corentin Tolisso à tenter de calmer le jeu un bref instant avec les leaders des Bad Gones. La réponse collective dans la foulée ? Un florilège de chants « LFP, n…. ta mère, LFP n…. ta mère » et « La Ligue, la Ligue, on t’enc… ». Une minute plus tard, entre ces chants insultants et la banderole maintenue, le délégué va jusqu’à faire signe à Mathieu Vernice de renvoyer les joueurs aux vestiaires. C’est là que Corentin Tolisso glisse son point de vue à Jean-Marc Roybier. Suivent le fameux chant anti-Stéphanois « Emmenez-moi à Geoffroy-Guichard », Paulo Fonseca qui exhorte le virage nord à « se calmer », suivi de près par Corentin Tolisso et Moussa Niakhaté. La banderole de la discorde finit par être temporairement cachée au pied du virage nord, à côté d’un faux cercueil vert, avec la mention « ASAB » ( « All Stéphanois are bastards ») et une référence à la manita du 5 novembre 2017 sous le signe de la célébration de Nabil Fekir. La fameuse banderole ressortie dès la fin du match A peine le match repris, après qunze minutes d’interruption, les provocations du virage nord, qui a clairement joué avec le feu samedi soir, reviennent de plus belle, avec des « LFP n…. ta mère » lancés en chœur. Pourtant, après avoir profité de cette soirée pour marteler plus que jamais leur haine viscérale du voisin stéphanois, et à un degré moindre de la LFP, les ultras lyonnais ont savouré une prestation jusqu’au bout emballante de leurs joueurs, malgré ce contexte pesant. Peu après le coup de sifflet final, les Bad Gones ont sans surprise fêté ce 4-0... en déployant à nouveau la banderole. Alors, comment juger la tournure de cette étrange soirée ? Dans un stade marqué par l’arrêt définitif d’un Olympico en novembre 2021, pour le jet d’une bouteille ayant touché Dimitri Payet à la tête après quatre minutes de jeu, l’exaspération des 42.919 spectateurs s’est sentie samedi, durant cet interminable quart d’heure d’interruption. Le Classique sera scruté de près dans ce contexte Comme l’évoquait à sa manière Corentin Tolisso, si chaque banderole ou chant insultant en Ligue 1 entraîne une telle interruption de match, le public va vite décrocher tant les exemples de rivalités historiques sont multiples. Car sur cet OL-Rennes, on était très loin de l’envahissement de terrain d’un Nantes-Toulouse en mai, où il y avait un véritable enjeu de sécurité. Les violentes insultes d’une partie du parcage strasbourgeois à l’encontre de son ancien coach Liam Rosenior (désormais au PFC), qui a plongé à fond dans le trash-talking, samedi à Jean-Bouin, peuvent poser question, comme bien d’autres exemples. Et on n’est pas au bout de nos peines, rien que ce week-end, avec le Classique OM-PSG qui déboule au Vélodrome (ce dimanche à 20h45).