Les autorités russes ont annoncé, vendredi 18 septembre, placer sous "administration temporaire" les actifs en Russie de Nestlé, de la filiale russe d'Auchan et de l'ex-entité de Leroy Merlin, le Kremlin justifiant cette décision par leur appartenance à des pays "inamicaux" soutenant l'Ukraine."L'un des facteurs qui a été pris en compte pour cette décision est le fait qu'il s'agit de pays inamicaux (...) qui sont actuellement impliqués de la manière la plus active possible dans des actions militaires contre notre pays" et "ont pris part aux frappes menées par le régime de Kiev contre nos infrastructures civiles et économiques", a déclaré Dmitri Peskov, le porte-parole de la présidence russe.Plus tard dans la soirée, Paris a réagi, demandant à Moscou de "revenir" sur cette décision. "La France dénonce la mise sous administration provisoire sans justification des filiales russes de plusieurs entreprises françaises et européennes" et elle "est en contact étroit avec les entreprises concernées et appelle les autorités russes à revenir sur cette décision", selon un communiqué conjoint des ministères des Affaires étrangères et de l'Économie. Nestlé "prend note", Auchan demande des clarifications Selon un décret du président Vladimir Poutine publié jeudi, ces actifs ont été transférés sous "administration temporaire" à la société russe "L.E.V. Management". D'après le média d'investigation russe Novaïa Gazeta Europa, cette société fondée fin 2025 est dirigée par Andreï Kraïouchkine, un général du ministère russe de l'Intérieur.Le groupe Nestlé a publié un bref communiqué disant "prendre note" de ce décret et être en train "d'évaluer la situation et ses options". Le géant suisse de l'alimentation entend "prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger ses droits et assurer la continuité de ses activités, dans l'intérêt de toutes les parties prenantes, et en particulier de ses employés", ajoute son communiqué.La filiale russe d'Auchan a de son côté indiqué avoir demandé des "clarifications" aux autorités. "Une fois les informations correspondantes reçues, nous serons en mesure de fournir un commentaire plus détaillé", a indiqué son service de presse, cité par les agences de presse TASS et Ria Novosti. Un impact financier "marginal" chez Nestlé Concernant Nestlé, le décret mentionne le transfert d'actifs appartenant à "Nestle Deutschland AG" ainsi qu'à la "Société des produits Nestle". Selon Jean-Philippe Bertschy, analyste chez Vontobel, l'impact financier pour Nestlé est "marginal" mais les risques se situent plutôt au niveau de "la valeur d'actif et les modalités éventuelles d'une cession" de ces activités en Russie.D'après ses estimations, la Russie ne représente plus aujourd'hui qu'un peu "de 1%" du total de son chiffre d'affaires". En 2021, avant le début du conflit en Ukraine, le pays contribuait à 2% de son chiffre d'affaires "d'après les derniers chiffres divulgués", rappelle l'analyste dans une note de marché. Mais depuis, le groupe suisse y a "considérablement réduit ses activités", "en suspendant l'immense majorité de ses ventes, des importations et exportations non essentielles, de la publicité et des investissements en capital", les activités restantes "se concentrant sur les produits alimentaires essentiels", souligne-t-il.Nestlé dispose de six usines dans le pays et y emploie environ 7.000 personnes. Il y vend des produits pour bébé, du café, des produits pour animaux de compagnie et des confiseries. "Historiquement, cette pratique a souvent été le prélude à une vente forcée ou à une expropriation", comme "cela avait été le cas, par exemple, pour Danone et Carlsberg en 2023", soulignent de leur côté les analystes de Jefferies dans un commentaire boursier. Ils estiment pour leur part le chiffre d'affaires de Nestlé en Russie à "environ 2%", mais considèrent eux aussi que l'impact financier reste "limité". "Une cession ou une expropriation" pourrait forcer Nestlé à passer des dépréciations pour ses liquidités en Russie, estiment-ils. Le montant est "difficile à quantifier", reconnaissent-ils, "mais nous supposons qu'il pourrait atteindre environ 1 milliard de francs suisses" (1,05 milliard d'euros).Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en 2022 et les premières sanctions économiques décrétées par les Occidentaux, de nombreuses multinationales ont quitté la Russie, d'autres y ont suspendu leurs activités, et leurs actifs ont été saisis et transférés à des sociétés russes.