Dès les premières scènes de la série d’Arte « Camarades », le ton est donné : une moquerie douce, à la fois précise et bienveillante. L’ambiance du Centre universitaire de Vincennes, le gauchisme de ces années-là, les engueulades et les bagarres entre maoïstes et staliniens, sont rendus avec une pointe de gaîté et de taquinerie. L’usage d’images d’archives, de citations boursouflées sur la société de consommation et la lutte des classes, donne à l’ensemble une dimension de documentaire joyeux et foutraque. Elle donne envie d’en savoir plus sur ce que fut vraiment cette expérience hors norme, créée dans le sillage de mai 1968 et qui fut détruit en 1980 alors que s’estompaient les espoirs révolutionnaires. Nous avons appelé l’historien François Cusset, grand connaisseur de la French Theory, alors qu’il venait de terminer le dernier épisode de la série. Est-ce que l’ambiance de Vincennes vous semble être bien restituée par la série ? François Cusset Vincennes est restée un point de référence dans le paysage fantasmé de l’utopie éducative et de l’extrême gauche. On a parfois l’impression d’avoir connu un chaos semblable lors de jours de grève, de mob…