C'est une question qu'on peut se poser, surtout depuis les années 60, à partir du moment où l'automobile est devenue si centrale dans la vie quotidienne des Français. Et dans notre histoire, d'ailleurs, il y a suffisamment d'exemples pour qu'on puisse essayer de faire la balance, de savoir si le vote peut être expliqué par le prix de l'essence.1974 : Après le premier choc pétrolier qui a eu lieu à l'automne 1973Est-ce qu'il y a un lien ? Eh bien il se trouve que précisément, il n'y a pas encore eu assez d'effets sur l'économie française, et donc le président Valéry Giscard d'Estaing est élu, on peut le dire, en totale indifférence par rapport au prix de l'essence et donc il est notre fameux Giscard à la barre.Sept ans plus tard en revanche, la question du pétrole s'invite dans les débats. Il y a d'abord les écologistes avec leur candidat, le seul qui à l'époque était élu avec des élections primaires, Brice Lalonde. Et donc Brice Lalonde, lui, regarde la question de la révolution en Iran et de la guerre entre l'Iran et l'Irak comme un second choc pétrolier qui peut avoir des conséquences graves pour l'économie française."Je suis certainement préoccupé par le pétrole et le risque en effet qu'il peut poser sur l'approvisionnement en pétrole. J'ai d'ailleurs été surpris qu'on ne rende pas public et que le gouvernement ne rende pas public un plan d'urgence en cas de rupture de cet approvisionnement en provenance du Moyen-Orient."Brice LalondeDonc pour Brice Lalonde, il y a un vrai problème d'organisation qui n'a pas été mis en place par le gouvernement. Mais pour la gauche en général, et pour le PS en particulier, la question de la hausse du prix de l'essence est cruciale parce qu'elle est une des illustrations de cette inflation qui lamine le pouvoir d'achat des classes populaires. Et donc François Mitterrand, le candidat du PS, attaque les multinationales, attaque le gouvernement pour son inaction. Donc l'élection de 1981 reste peut-être le meilleur modèle pour montrer qu'il peut y avoir un lien entre le prix de l'essence et le résultat d'un scrutin.Autre cas aussi parlant, quelques années plus tard, en 2012. Il y a une hausse des matières premières et dès le mois de janvier, le candidat François Hollande s'en prend au président de la République, Nicolas Sarkozy, en disant qu'il est inactif, qu'il ne fait rien et qu'il faudrait un blocage des prix. Et quelques mois plus tard, au moment de son élection, les journalistes rappellent et expliquent pourquoi les Français se sentent si mal et ont besoin du blocage des prix." L'essence, ça devient un sacré budget pour les gens qui sont obligés de prendre leur véhicule tous les jours. Ça finit par faire cher. Pour soulager les automobilistes, François Hollande a promis d'encadrer les prix des carburants. Si demain les prix devaient repartir à la hausse, François Hollande devrait instaurer par décret ce blocage des marges des distributeurs pendant trois mois avant d'appliquer une fiscalité variable".Donc en 2012, il y a effectivement un lien qui est à nouveau manifesté, mais à d'autres reprises, c'est le contraire, et notamment en 2022. Il y a une très forte hausse de l'essence ainsi qu'une très forte hausse du gazole et pourtant le président Emmanuel Macron est réélu. Donc le lien entre le prix et le vote n'est pas absolument certain, en tout cas n'est pas direct.Aux États-Unis, est-ce que ce lien existe davantage ?Oui, l'impact est beaucoup plus fort. D'ailleurs, il y a presque une expertise aux États-Unis. Suivant le niveau de prix, on peut dire s'il y aura réélection ou pas. En 1976, pour repartir à peu près dans les mêmes dates après le premier choc pétrolier, eh bien, Gérald Ford, qui était le président en place, perd face à Jimmy Carter. Mais 4 ans plus tard, comme l'essence continue d'augmenter avec le second choc pétrolier, à son tour, Jimmy Carter est battu par Ronald Reagan.Reagan, c'est les années où le pétrole baisse. Donc, il est réélu et ainsi de suite. Donc on peut, aux États-Unis, et souvent les experts le font, établir un lien entre le vote et le prix de l'essence. Mais en France, il y a toujours une exception française. Ce n'est pas tout à fait le cas.