Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.Elles sont devenues la cible privilégiée des malfaiteurs pour blanchir l'argent : les officines notariales. La méthode des trafiquants ? Acheter des biens immobiliers pour liquider l'argent sale lors des transactions, et récupérer des fonds propres. Un notaire du sud de la France a reçu plusieurs cas suspects. Récemment, un homme sans activité se présente. Il veut acheter un garage sur la commune à une dizaine de milliers d'euros. Mais un premier détail alerte le notaire. "À l'évidence, cette personne veut que ça aille vite, parce qu'elle nous indique qu'elle est pressée. L'acheteur ne souhaite pas qu'il y ait de second notaire. L'acheteur ne souhaite pas qu'il y ait de compromis. Il veut aller directement à la vente", raconte Frédéric Ollivier, notaire et ambassadeur de la lutte contre le blanchiment des capitaux. Des indices repérés par les notairesEt ce n'est pas tout. Le client veut acheter comptant, et l'argent provient de plusieurs banques. Une pratique parfois utilisée par les malfaiteurs pour brouiller les pistes, et empêcher le notaire d'identifier l'origine des fonds. "Quand on pose la question à la personne, elle est gênée pour nous répondre. Elle tente de faire une réponse, mais on voit bien qu'il n'y a pas d'explication cohérente. Si j'arrive pas à lever cette incohérence, c'est typiquement un cas où on peut légitimement se demander si l'on n'est pas en face d'une situation de blanchiment d'argent?", poursuit Frédéric Ollivier. Le notaire refuse donc de traiter l'affaire. Une vigilance accrue, car la profession est aujourd'hui en première ligne. Concrètement, pour blanchir l'argent, un malfaiteur opère de deux manières : soit il verse l'argent sale au notaire pour acquérir le bien immobilier, soit il verse un dépôt de garantie avant de se rétracter, et ainsi récupérer des fonds propres. En cas de soupçon, les officines doivent effectuer un signalement auprès des autorités. "Cerise sur le gâteau, les fonds venaient de l'étranger"Un notaire, qui préfère rester anonyme, en a déjà fait près d'une dizaine. Le dernier en date, sur l'achat d'un bâtiment sinistré, à un prix anormalement élevé. "Quand vous avez un bien qui vaut, selon notre connaissance du marché 180 000 euros, et que quelqu'un l'achète 400 000, forcément, il y a un moment où l'on se dit que quelque chose ne va pas. Pourquoi cette personne irait acheter 200 000 euros de plus ? Cerise sur le gâteau, les fonds venaient de l'étranger. On a trouvé des indices cumulés pour faire une déclaration Tracfin", affirme-t-il. Ces déclarations de soupçons de blanchiment ont triplé : de 2 200 à 6 600 en trois ans, car les malfaiteurs diversifient leurs méthodes. Ils ne se contentent plus d'acheter des villas mais aussi des studios, des petits commerces, des caves ou des parkings, y compris dans les zones rurales. Multiplier les achats de faible valeur pour passer sous les radarsLeur objectif est de multiplier les achats de faible valeur pour passer sous les radars. "Là où il faut être particulièrement attentif, c'est l'émiettement, la partialisation, c'est-à-dire des toutes petites opérations et sur lesquelles nécessairement un professionnel a sa vigilance un peu diminuée. Parce qu'on est plus attentif quand on traite une opération à 10 millions d'euros que quand on traite une opération à 10, 15 ou 20 000 euros", indique Bertrand Savouré, le président du Conseil supérieur du notariat. Les montages financiers sont par ailleurs de plus en plus complexes. Les alertes des notaires permettent donc aux enquêteurs d'attaquer les narcotrafiquants au portefeuille. "Quand les immeubles sont sur le territoire national et qu'on arrive à prouver qu'ils ont été financés par des revenus, des activités illégales, on peut les saisir. Et ça, ça fait partie aussi de nos activités très importantes qui est d'identifier le patrimoine des criminels pour le saisir de manière à ce que justice soit rendue", explique Antoine Magnan, le directeur général de Tracfin. D'après le ministère de la Justice, les condamnations pour blanchiment ont augmenté de 15% en 2024.