« Des robots à la place des immigrés ». C’est sur BFMTV, jeudi, qu’Eric Zemmour a lâché cette bombe. Juste après avoir annoncé qu’il serait candidat à l’élection présidentielle de 2027, le patron de reconquête a affirmé à l’antenne que, lui président, il comptait remplacer les travailleurs immigrés par des robots. Le polémiste d’extrême droite a notamment pris en exemple des pays comme la Chine ou le Japon, dans lesquels « ça se passe déjà », a-t-il affirmé. Y compris dans le secteur de l’aide à la personne et de l’accompagnement des personnes âgées. Dans les Ehpad, un robot pour une personne âgée : « Oui », a répondu sans broncher Eric Zemmour. Ce vendredi, sur X, le désormais candidat de Reconquête a quelque peu révisé son point de vue. Il donne aux « machines » les tâches pénibles et laisse aux aides-soignantes le côté humain. Pour autant, il n’a pas révisé son affirmation sur ce qu’il appelle « le modèle chinois ». Alors, la Chine et le Japon remplacent-ils vraiment les travailleurs immigrés par des robots, notamment dans les soins aux personnes âgées ? FAKE OFF Non, ni la Chine ni le Japon ne « remplacent » leurs travailleurs immigrés, notamment dans le secteur de l’aide à la personne, par des robots. En Chine, il n’existe pas de politique particulière favorisant l’immigration de travailleurs étrangers. Le pays accorde en revanche des visas de travail pour les « talents étrangers haut de gamme » et les « talents professionnels étrangers », selon un site du gouvernement. D’ailleurs, selon Indeed, le secteur du service à la personne n’est pas en demande de main-d’œuvre étrangère. Pour pallier le manque de main-d’œuvre, la Chine mise plutôt sur la réforme du système de résidence administrative (hukou) qui favorise la migration interne. De son côté, le Japon mise au contraire sur l’immigration en provenance de pays asiatiques pour tenter de combler le manque croissant de main-d’œuvre, notamment dans le secteur des soins aux personnes âgées (Kaigo). La mise en place de visas de travailleur qualifié (Specified Skilled Worker), vise à ouvrir le marché du travail japonais « aux travailleurs de soins étrangers et à faire face à la grave pénurie de personnel soignant », explique un rapport de l’ERIA (Economic Research Institute for ASEAN and East Asia). Ces deux pays ne comptent donc pas remplacer les immigrés par des robots. Parce que leur nombre est négligeable chez les personnels soignants en Chine, et parce que le Japon est, au contraire, en demande. En revanche, il est vrai que les robots, notamment humanoïdes, ont commencé à faire leur apparition au sein des établissements pour personnes âgées chinois et japonais. Face au vieillissement de sa population et au manque de main-d’œuvre, la Chine entend développer les technologies et la robotique dans un plan gouvernemental, dévoilé lundi. Sur le site China.org, on parle entre autres de « robots développés spécifiquement pour les soins aux personnes âgées, avec des fonctions allant de la compagnie et de l’assistance à la mobilité à l’enregistrement de données de santé, notamment la tension artérielle et la glycémie ». Pour les mêmes raisons que la Chine, « le gouvernement japonais soutient activement le recours aux technologies d’automatisation, de connectivité et d’intelligence artificielle dans le secteur médical et des soins à la personne », soulignait en 2020 déjà le ministère de l’Economie français, dans un rapport. A l’époque, l’objectif affiché du gouvernement japonais était de déployer à l’horizon 2030 quelque 8.000 robots de soin dans des domaines tels que « l’autonomisation des personnes dépendantes », « l’aide aux manipulations par les soignants », ou « l’aide aux soins d’hygiène ». Le cas de la France Selon Julien Floch, associate partner et spécialiste de l’IA chez Wavestone, « le déploiement des robots humanoïdes en Chine et au Japon dans le domaine du soin à la personne existe effectivement en Chine, mais on n’est très loin d’un passage à grande échelle ». Pour lui, « en l’état actuel de la technologie, laisser évoluer des robots humanoïdes dans des environnements tels que des hôpitaux ou des Ehpad est encore bien trop dangereux ». Dans sa lettre de février 2022, le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) rappelle que « plus de 60 % » des aides à domicile et « 40 % » des agents hospitaliers d’Île-de-France sont des immigrés. Lors de la pandémie de Covid-19, plus de 10 % des personnes exerçant un métier jugé essentiel étaient des immigrés. Et la plupart d’entre eux étaient aides à domicile, infirmiers hospitaliers ou aides-soignants. Outre qu’il est moralement scandaleux de vouloir remplacer les immigrés par des robots, Julien Floch juge cela « techniquement infaisable ». Pour lui, « un robot, c’est toute une chaîne qui comprend le hardware, les puces et les modèles d’IA pour le faire fonctionner ». Et sur ces deux derniers points, « la France est complètement dépendante des Etats-Unis et de la Chine ». Déployer en masse des robots remplis de technologie étrangère « poserait un gros problème de souveraineté, notamment en matière de données », poursuit-il. Et quant à fabriquer des robots humanoïdes performants entièrement « made in France », c’est « toute une économie qu’il faudra créer ».