La France a vivement réagi, vendredi, à la décision de Moscou de placer sous « administration temporaire » les actifs russes de plusieurs groupes européens, dont Auchan, Nestlé et l’ex-entité de Leroy Merlin. Paris « dénonce la mise sous administration provisoire sans justification des filiales russes de plusieurs entreprises françaises et européennes » et appelle les autorités russes « à revenir sur cette décision ». Le ministère des Affaires étrangères précise être « en contact étroit avec les entreprises concernées ». Cette prise de position intervient après la publication d’un décret de Vladimir Poutine transférant les actifs concernés à la société russe L.E.V. Management. Les autorités russes justifient cette mesure par l’origine des groupes visés, issus de pays qualifiés d’« inamicaux » par Moscou. Moscou accuse ces pays de soutenir l’Ukraine Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe, a expliqué vendredi que « l’un des facteurs qui a été pris en compte pour cette décision » était le soutien apporté à l’Ukraine par ces pays, qu’il accuse d’être « impliqués de la manière la plus active possible dans des actions militaires contre notre pays ». Il affirme également qu’ils ont « pris part aux frappes menées par le régime de Kiev contre nos infrastructures civiles et économiques ». Du côté des entreprises, Nestlé a indiqué « prendre note » du décret et « évaluer la situation et ses options ». Le groupe suisse entend « prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger ses droits et assurer la continuité de ses activités, dans l’intérêt de toutes les parties prenantes, et en particulier de ses employés ». Auchan Russie a pour sa part indiqué avoir demandé des « clarifications » aux autorités, dans une déclaration citée par les agences de presse TASS et Ria Novosti. Un impact financier limité pour les entreprises Les conséquences financières apparaissent pour l’instant limitées pour Nestlé, selon les analystes cités. Jean-Philippe Bertschy, de Vontobel, estime l’impact « marginal », la Russie ne représentant plus qu’un peu plus de 1 % du chiffre d’affaires du groupe. Le principal risque concernerait plutôt « la valeur d’actif et les modalités éventuelles d’une cession ». Nestlé possède encore six usines en Russie et y emploie environ 7.000 personnes. Les analystes de Jefferies soulignent cependant que ce type d’« administration temporaire » a déjà précédé des ventes forcées ou des expropriations, notamment pour Danone et Carlsberg en 2023. Dans le cas de Nestlé, « une cession ou une expropriation » pourrait entraîner des dépréciations liées à ses liquidités en Russie, pour un montant qui pourrait atteindre environ un milliard de francs suisses. Paris demande désormais à Moscou d’annuler la mesure visant ces filiales françaises et européennes.