Il y a deux semaines, la victoire écrasante de l’extrême droite en Saxe-Anhalt secouait le pays. Le parti du chancelier Merz subissait une défaite cuisante. Ce dimanche, deux autres régions, le Mecklembourg et Berlin, votent. De mauvais résultats pour la CDU pourraient accélérer le calendrier politique alors que Friedrich Merz est sur la sellette.

De notre envoyé spécial dans le Mecklembourg,

Les trois scrutins régionaux de ce mois de septembre, un peu plus d’un an et demi après les dernières élections générales qui ont débouché sur l’élection du chrétien-démocrate Friedrich Merz comme chancelier à la tête d’une coalition avec les sociaux-démocrates, vont-ils abréger la carrière du septuagénaire qui a si longtemps attendu pour arriver au pouvoir ?

Il a deux semaines, un séisme politique ébranlait l’Allemagne. Dans la région de Saxe-Anhalt, dans l'est du pays, le parti d’extrême droite AfD atteignait un score historique avec près de 44% des voix. Trois sièges seulement manquent au mouvement emmené par Ulrich Siegmund pour disposer d’une majorité en sièges au Parlement régional. La CDU du chancelier a subi une défaite historique et perdu vingt points.

Le lendemain, Friedrich Merz se disait choqué. Le chancelier dont l’impopularité atteint des niveaux inégalés depuis la guerre - 88% des Allemands sont insatisfaits de Friedrich Merz - subit des critiques de plus en plus ouvertes. Au sein même de son parti, certains s’interrogent sur son avenir politique et se demandent si un autre chancelier ne pourrait pas leur permettre de regagner un zeste de popularité.

Alors que les journaux sont remplis d’articles sur les différentes hypothèses pour changer de cheval au milieu du gué, le tenant du titre doit affronter indirectement deux autres élections ce dimanche. De leur issue dépend un peu plus son avenir. Dans le Mecklembourg, une région de l'est du pays au bord de la mer Baltique, la CDU est certes dans l’opposition depuis très longtemps. Mais le duel au sommet entre la tenante du titre, la sociale-démocrate Manuela Schwesig et son challenger de l’AfD Leif-Erik Holm se fait au détriment des autres partis. La CDU est créditée de 7% seulement dans les derniers sondages, un score inédit au niveau régional depuis la guerre.

Il n’est pas complètement exclu que le vote utile empêche le parti du chancelier de disposer des 5% nécessaires pour être représenté au Parlement régional. La première comme la deuxième hypothèse illustrent un sévère rejet des chrétiens-démocrates.

À Berlin, la CDU avait regagné la mairie il y a trois ans. Le parti gouverne la capitale allemande depuis avec le soutien des sociaux-démocrates, une coalition similaire à celle de Friedrich Merz au niveau fédéral. Mais le parti du chancelier a souffert du retrait prématuré du maire encore en poste après sa gestion très critiquée d’une panne d’électricité en début d'année et ses mensonges sur son emploi du temps.

La nouvelle tête de lice de la CDU doit faire oublier cette perte de crédibilité et mener une campagne qui n’était pas au départ la sienne. Le parti recule sensiblement dans les sondages par rapport au scrutin de 2023 mais avec 20% d’intentions de vote, il se livre un duel en tête avec le parti de gauche Die Linke. Même si la CDU l’emportait, il lui sera très difficile de conserver la mairie, les partis de gauche privilégiant une alliance entre eux.

Die Linke mise sur sa tête de liste, Elif Eralp, et sur un « effet Mamdani ». Comme le maire de New York, la candidate berlinoise affiche un programme très à gauche, qui prévoit notamment l’expropriation de grandes sociétés immobilières pour lutter contre le problème numéro un des Berlinois : la crise immobilière et le prix élevé du logement. Cette avocate de 45 ans est, toujours comme le maire de New York, d’origine étrangère - ses parents engagés contre le régime autoritaire turc ont fui leur pays peu avant la naissance de leur fille.

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Die Linke, qui a multiplié le nombre de ses adhérents, s’est profondément rajeuni, mais aussi radicalisé. Des déclarations de différents membres ou encore récemment la participation d’un rappeur à un meeting anti-israélien suscitent régulièrement des accusations d’antisémitisme. Si Die Linke arrive en tête et négocie avec les deux autres partis de gauche - les écologistes et les sociaux-démocrates du SPD - pour former une coalition, ce sujet des plus sensibles en Allemagne ne manquera pas d’être abordé. Les expropriations proposées par Elif Eralp ont été rejetées par le candidat du SPD, dont le parti, au pouvoir aujourd’hui avec les conservateurs pour gérer ensemble la ville de Berlin, est en perte de vitesse.

La sévère défaite attendue dans le Mecklembourg pour la CDU et la possible perte symbolique de la capitale allemande constitueraient deux échecs sévères pour le chancelier. Friedrich Merz organise d'ailleurs, dès la fin d’après-midi ce dimanche, une réunion des instances dirigeantes de la CDU, ce qui est inhabituel. Le président du parti chrétien-démocrate pourrait demander à ses camarades un soutien que les électeurs lui refusent pour asseoir son pouvoir.

Il y a quelques jours, les ministres-présidents (les présidents de régions) de la CDU ont signé une lettre commune pour le soutenir. Mais la simple nécessité de devoir recourir à une telle démarche traduit bien la nervosité ambiante. Curieusement d’ailleurs, le nom de Friedrich Merz ne figurait pas dans ce document qui parlait seulement du « chancelier ». Pour ne pas être absent en cas de turbulences politiques postélectorales, ce dernier a annulé son déplacement à New York la semaine prochaine pour participer à l’assemblée générale de l’ONU.

Un changement de chancelier est-il envisageable ? Les spéculations vont bon train dans le petit monde politico-médiatique. D’un point de vue rationnel, on peut se demander si une autre personne que Friedrich Merz pourrait d’un coup, par sa personnalité, retourner les choses. Son inexpérience aux affaires ne constituerait-elle pas un handicap face aux défis internes et externes auxquels l’Allemagne fait face ? Et puis, le pays est dirigé par une coalition entre chrétiens et sociaux-démocrates. Ces derniers ont bien sûr leur mot à dire si un tel changement devait avoir lieu. Un nouveau chancelier doit être élu par le Parlement avec les voix de la coalition au pouvoir.

Les noms de possibles remplaçants chrétiens-démocrates circulent mais aucun ne s’impose. Il faudrait d’abord que Friedrich Merz parte de lui-même, ce qui parait aujourd’hui inimaginable. Un « putsch » paraît tout aussi exclu. Et personne ne sort du bois pour l’instant.

Si le chancelier, dont le siège est branlant, devait rester en place, il est clair qu’un changement serait nécessaire pour convaincre des électeurs profondément déçus et frustrés. Une meilleure communication, plus d’empathie pour les préoccupations des Allemands ne suffiront pas, comme l’annonce 36 heures avant l’ouverture des bureaux de vote, d’une baisse des taxes sur les carburants et l’introduction d’un plafonnement des prix de l’essence.

Un nouveau départ implique l’ensemble de la coalition au pouvoir. Le SPD pourrait dimanche soir triompher si Manuela Schwesig dans le Mecklembourg parvenait à faire mieux que l’AfD alors que la sociale-démocrate était distancée de 19 points dans les sondages par l’extrême droite il y a un an. Les derniers sondages montrent qu’une telle hypothèse n’est pas exclue. Avec un tel succès, il faudrait plus que jamais compter avec elle alors que les coprésidents du SPD, les ministres des Finances et des Affaires sociales, sont sur la sellette.

Alors qu’à Berlin, le gouvernement Merz prépare des réformes en profondeur peu populaires de l'État providence, Manuela Schwesig en a critiqué différents aspects, insistant sur les inquiétudes des électeurs. Le gouvernement allemand devra trancher entre la fidélité aux réformes prévues, peu populaires mais jugées nécessaires pour l’avenir du pays, et la prise en compte du mécontentement des électeurs, qui impliquerait une remise en cause de ces mêmes réformes.

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