Le ministre de l’Intérieur a-t-il contribué à la diffusion d’une fausse information ? C’est ce qu’affirme un épisode de l’émission « Complément d’enquête » diffusée jeudi 17 septembre sur France 2. En avril dernier, l’eurodéputée Rima Hassan a été accusée de détenir de la drogue dans son sac. Laurent Nuñez aurait participé à la diffusion de cette information inexacte selon l’émission. Son entourage évoque « une discussion en off avec des médias » sur des « informations déjà connues ». Au lendemain des révélations de nos confrères, Rima Hassan a porté plainte devant la Cour de justice de la République, habilitée à se pencher sur les ministres en exercice, contre le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez pour « violation du secret de l’enquête » et « recel d’information couverte par le secret de l’enquête ». Son avocat Me Vincent Brengarth dénonce un « scandale d’Etat » et accuse Laurent Nuñez d’avoir « participé à donner force et crédit à des informations non conformes à la réalité, qui ont discrédité Rima Hassan et porté atteinte à sa réputation. » Il a rappelé la veille dans son communiqué qu’un article du « Canard Enchaîné » a par ailleurs déjà mis en cause « l’implication possible du porte-parole du ministère de la Justice dans ces mêmes fuites ». • Une garde à vue et des rumeurs Rembobinons. Le 2 avril, Rima Hassan est convoquée et placée en garde à vue pour apologie de terrorisme pour l’un de ses posts sur X consacré au Japonais Kozo Okamoto, coauteur de l’attentat qui a fait 26 morts en 1972 à l’aéroport de Tel-Aviv. Plusieurs médias français font alors état de la découverte par les policiers d’une petite quantité de drogue de synthèse dans le sac de l’eurodéputée LFI. Mais l’enquête sur une éventuelle détention de stupéfiants est finalement classée sans suite par le parquet de Paris après analyse des deux contenants retrouvés. Au lendemain de sa garde à vue, l’élue franco palestinienne dénonce, elle, des informations « fausses sciemment relayées dans le seul but de [lui] nuire dans le cadre des procédures dont [elle] fait l’objet ». • Les accusations de « Complément d’enquête » De quoi Laurent Nuñez est-il soupçonné ? Selon « Complément d’enquête », le ministre de l’Intérieur « en personne a en partie contribué à la diffusion de cette fausse information ». Le 2 avril, de retour d’un déplacement à Bordeaux avec le Premier ministre Sébastien Lecornu, Laurent Nuñez, a été interrogé dans le train sur la présence de drogue dans le sac de l’eurodéputée par des journalistes. L’un d’entre eux rapporte le propos du ministre dans ces termes : « Il se peut que ce soit exact », évoquant « un truc de synthèse » pour le premier produit et « un dérivé de la cocaïne » pour le second, ajoutant « qu’il ne s’y connaît pas trop ». D’après un autre journaliste cité par franceinfo, le ministre a donné « le point de vue de Rima Hassan, qui, lors de sa garde à vue, explique qu’elle a acheté ces substances en Belgique et qu’elle pensait que c’était autorisé ». • La réponse de Laurent Nuñez Rapidement son entourage a évoqué auprès de l’Agence France-Presse (AFP) « une discussion en off avec des médias » sur des « informations déjà connues ». « L’échange relaté a eu lieu dans le cadre d’une discussion en off avec des médias, lancée à l’initiative des journalistes au sujet d’informations déjà connues et publiées bien plus tôt, celles de la garde à vue de Rima Hassan le 2 avril, et du fait qu’elle aurait détenu des produits stupéfiants », a indiqué mercredi l’entourage du ministre. « Questionné dans le contexte de cet échange off par plusieurs journalistes, le ministre de l’Intérieur a appelé à la prudence concernant les faits évoqués », a-t-on ajouté de même source. Une ligne de défense qu’a de nouveau répété ce jeudi le ministre alors qu’il était interrogé par des députés LFI lors d’une commission spéciale sur la loi intégrale sur les violences sexuelles. Ce jour-là, a-t-il rappelé il était en déplacement à Bordeaux en compagnie de journaliste. « Je rencontre des journalistes dans un train de manière totalement informelle et ils sont au courant de tout. Ils ont toutes les informations et ils m’interrogent. Ce n’est pas le ministre de l’Intérieur qui prend la parole (…) je n’ai organisé aucune fuite », a-t-il martelé. • Les Insoumis vent debout La sortie de ces nouvelles informations a rapidement ulcéré les dirigeants de La France insoumise. « Un ministre manipulateur manipule des journalistes sans scrupule ni conscience professionnelle. Des heures de calomnies. Tout ça sous l’influence d’une drogue bien connue des milieux suprémacistes : la haine des Palestiniens et le soutien au génocide », a fustigé sur X le chef des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon. « Cette manipulation politique crasse a assez duré. Il doit en tirer les conséquences et démissionner ! », a appelé la principale intéressée sur le même réseau social. Un appel réitéré par le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard. « Face à ces révélations, Laurent Nuñez doit tirer les conséquences de la gravité de ces faits. Il doit partir », a-t-il écrit sur X. « Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a directement profité de la garde à vue de Rima Hassan pour regarder ce que contenait l’enquête et le balancer à la presse, en y ajoutant des mensonges pour la salir », a dénoncé le député LFI Louis Boyard sur X. Et d’ajouter : « Ça devrait être un scandale national. » La même expression a été employée par l’Insoumise Clémence Guetté qui a accusé sur X Laurent Nuñez d’avoir « organisé des fuites policières mensongères, afin de nuire à une personnalité politique d’opposition ».