Etrange objet que ce « Darons, daronnes… » qui entend « raconter autant l’école française que les parents qui la vivent et parfois la subissent ». Formellement, ce documentaire brut, sans légendes ni voix off, est d’une très belle facture. On devine que son auteure Lucia Sanchez a passé énormément de temps avec la dizaine de familles qu’elle a suivies. La caméra nous invite dans le quotidien de Wendy, alias « The Organizer », planifiant les études et les activités de ses enfants comme un général d’armée, ou dans celui de Katy, ancienne mauvaise élève réfractaire aux mathématiques, dont la télévision, définitivement hors d’usage, est tapissée de tableaux de conjugaison. Des parents flippés et flippants Au bout de quelques minutes, une question se pose toutefois : mais qui sont ces parents d’élèves, certes attachants, mais terriblement flippés et flippants ? C’est qu’au nom vraisemblablement de son parti pris de cinéma-vérité, la réalisatrice nous prive d’éléments de contexte dont on ne saurait se passer. En l’occurrence, nous ne sommes pas dans une ville moyenne française mais au cœur du boboland de l’Est parisien, épicentre de toutes les hystéries scolaires. Un territoire où cohabitent bon gré mal gré des classes populaires issues de l’immigration récente – et souvent coupées des codes complexes de notre école – et des professions intellectuelles, le cœur à gauche mais obnubilées par la transmission quasi patrimoniale de leur capital culturel et scolaire. D’un côté, les enfants de bobos enrôlés dès la prime enfance dans une course à l’excellence. De l’autre, les enfants du peuple, condamnés – sauf rares exceptions – aux voies de garage et perçus par les parents des premiers comme des freins à la performance de leurs rejetons. Soyons positifs : il arrive tout de même que ces deux mondes se rejoignent. Comme dans le cas du duo Claire-N’Deye. Claire fait réviser leurs leçons aux enfants de N’Deye avec un succès manifeste. N’Deye s’est occupée de la vieille mère de Claire quand elle s’est retrouvée alitée. Cette dernière en a tiré une règle de vie : « Il faut toujours demander de l’aide. On a le droit. » Un précis de sociologie n’aurait pas dit mieux. Samedi 19 septembre à 21h sur Public Sénat. Documentaire de Lucia Sanchez (2026). 53 min. (Disponible à la demande sur Public Sénat).