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"Ce n’est pas parce qu’on est entouré qu’on va partager des choses au quotidien" : pourquoi les jeunes actifs se sentent davantage seuls malgré des vies très connectées
Selon une analyse (nouvelle fenêtre) croisant dix éditions du baromètre "Les Solitudes en France" (Fondation de France / Crédoc), relayée par l’application UnCafé, ce sont les jeunes actifs des grandes villes qui souffrent le plus du sentiment d’isolement, alors même qu’ils sont statistiquement les mieux entourés. En 2025, 37% des moins de 25 ans déclarent se sentir seuls régulièrement, contre seulement 16% des 60-69 ans. Soit plus du double. En neuf ans, ce chiffre a progressé de 12 points chez les jeunes, contre seulement 5 points pour la moyenne nationale.Le chiffre le plus frappant de cette étude concerne les 25-39 ans. Ils affichent l’un des taux d’isolement objectif les plus bas de la population : 11% seulement ont peu de contacts avec leur entourage. Pourtant, 35% d’entre eux déclarent se sentir seuls, contre 16% chez les 60-69 ans qui présentent exactement le même taux d’isolement mesuré. À contact égal, le ressenti diverge du tout au tout. Faire le distinguo entre isolement et solitude Pour Paul Peron-Redon, président de l’association Le Trèfle 2.0, un service d’écoute anonyme et gratuit par tchat sur Discord, l’explication est en partie à chercher du côté du numérique. "Il y a aussi une forme de perte de beaucoup de dimensions de la relation par la mise en place de toutes ces solutions de contact à distance. Ce n’est pas parce qu’on est forcément en contact avec des gens et qu’on est entouré qu’on va forcément avoir un quotidien où on va avoir tendance à partager des choses, à se retrouver", explique-t-il à TF1info. Les données confirment par ailleurs cette intuition : plus de la moitié des moins de 25 ans utilisent les réseaux sociaux plusieurs fois par jour pour "s’occuper" plutôt que pour communiquer avec leurs proches.L’effet Covid a également amplifié ce phénomène, de même que l’essor du télétravail et des cours à distance. "On va vouloir être plus présent, mais du coup, on va se retrouver à faire davantage de visioconférences, peut-être plus de télétravail. Et ainsi, le fait d’être de plus en plus dans des relations à distance va augmenter un peu cette sensation de solitude", poursuit le jeune bénévole. D’autant plus qu’il faut ajouter à cela une transformation du rôle social de l’école. "Je pense qu’on est aujourd’hui dans une dynamique où ces amitiés sont de moins en moins durables, de moins en moins nombreuses", ajoute-t-il. Comment faire face au sentiment d’isolement ? Géographiquement, la solitude suit également une logique qui peut sembler paradoxale. En 2025, le sentiment d’isolement est plus fort dans les grandes agglomérations (28%) qu’en zone rurale (21%), alors que l’isolement objectif y est plus faible. Vivre au milieu de beaucoup de monde n’est pas nécessairement synonyme d’une vie entourée.Paul Peron-Redon observe par ailleurs plusieurs profils différents parmi les personnes qui contactent Le Trèfle 2.0. Il y a notamment celles qui "ont juste envie de parler" et celles qui reviennent régulièrement avec des problématiques plus profondes. Dans les deux cas, la démarche reste difficile. "Il y a clairement une stigmatisation aujourd’hui sur l’aspect de la santé mentale. Je pense qu’il y a quand même un gros tabou à lever. Beaucoup de gens n’osent pas forcément franchir le pas d’aller voir un professionnel", regrette-t-il.Pour tenter de sortir de l’isolement, il conseille, entre autres, de se rapprocher de ses proches, de trouver un club ou une activité, et de ne surtout pas hésiter à contacter des dispositifs associatifs ou professionnels. "Il faut aussi avoir confiance dans ces gens-là pour pouvoir nous accepter tels qu’on est. Il ne faut pas avoir peur de leur dire qui on est", conclut-il, rappelant que la santé mentale concerne tout le monde.
Source
TF1 Info
· Jeanne MARTIN