"On reste amis". La promesse revient dans presque toutes les ruptures. Sur les réseaux sociaux, le conseil inverse s'impose pourtant de plus en plus. Bloquer, ne plus suivre, mettre en place un "no contact". Si couper les ponts avec son ex-partenaire n'est pas une obligation, ça permet de mieux tourner la page et avancer. La psychologue et thérapeute de couple Marylise Richard (nouvelle fenêtre) explique à TF1info qu'avant de mettre en place un "no contact", il peut être pertinent de "comprendre les raisons et dans quelles conditions". Derrière la "pseudo-amitié", la peur du vide Maintenir un lien amical avec une personne qui a partagé notre vie peut "ralentir le processus qu'on pourrait qualifier de deuil et le processus de séparation. Souvent, on a tendance à vouloir garder le lien parce qu'on a cette volonté de garder un lien. On va appeler ça une pseudo-amitié". Derrière cette volonté de conserver le lien, on retrouve, en réalité, une difficulté à accepter la fin de la relation et ce, pour différentes raisons : la peur du vide, la difficulté de renoncer à la personne, le besoin de vérifier que l'on compte toujours pour l'autre, l'envie de ne pas être oublié ou remplacé tout de suite. "En n'ayant plus de lien après la séparation, c'est un peu comme si on disait que ça n'a pas existé ou que cette histoire n'a pas été importante", indique la psychologue et coautrice du livre "Les cinq clés de l'amour durable" (Éditions Eyrolles) et créatrice du podcast "Au coeur du couple". Pourtant, "on peut reconnaître que cette personne a été très importante pour nous, qu'elle nous a fait grandir, que ça a été vraiment quelque chose qui nous a porté, tout en n'ayant plus de lien amical avec la personne".Mettre en place un "no contact" avec son ex-partenaire permet de mettre en route le processus de guérison, d'ancrer la séparation dans la réalité, à commencer par ne pas s'envoyer des messages pour rien. "Ce qu'on observe souvent sous couvert de 'On est encore amis', on envoie un message dès qu'il y a quelque chose qui va nous faire penser à l'autre". C'est également éviter de prendre des nouvelles par le biais de la belle-famille, des amis en commun, des frères et sœurs pour savoir ce que l'autre devient, car ce faisant, on maintient le lien affectif et l'attachement. Toutefois, couper les ponts, "ne veut pas dire ignorer la personne et faire comme si elle était morte, explique Marylise Richard, mais c'est plutôt ne pas poser de questions, ne pas se montrer plus curieux qu'il n'en faut et ne pas chercher à provoquer le lien ou l'entretenir". Eviter le risque de la rupture qui ne finit jamais À l'heure de l'hyperconnexion et de l'omniprésence des réseaux sociaux, "bloquer" l'ex-partenaire est aussi une option. Pour la psychologue, "tout dépend de comment on se sent, mais ça évite d'être un peu dans une espèce de voyeurisme". Elle estime que couper tout accès peut être bénéfique : voir les posts, les stories ou les messages de l'autre provoque de la souffrance. En revanche, elle conseille d'expliquer les raisons du blocage et d'indiquer que "ça ne veut pas dire qu'on ne se parlera plus jamais".Par ailleurs, le vrai danger, pour Marylise Richard, réside dans ces séparations qui ne se terminent jamais, rythmées par un message occasionnel et un espoir qui ne dit pas son nom. "On fait ces pseudo-tentatives de maintien de lien pour espérer moins souffrir, alors qu'en fait, ça nous maintient dans une souffrance qui s'éternise et qui nous empêche de rebondir", estime-t-elle. Aussi, avant de reprendre contact, amical ou non, avec un ex, elle invite à une introspection honnête : ressent-on encore de la jalousie, un besoin de se sentir désiré, une difficulté à se projeter avec quelqu'un d'autre ? Si la réponse est oui, il vaut mieux, pour l'instant, garder ses distances. Deux exceptions : enfants et amitiés antérieures Même quand il y a des enfants, la coupure reste nécessaire dans un premier temps. Marylise Richard est claire : dans un couple parental aussi, "c'est important de couper le lien, le pont, pendant un moment". Le contact qui subsiste doit rester strictement fonctionnel : "rester en contact de manière respectueuse pour les enfants, mais c'est important de ne pas entretenir un lien ambigu, par exemple autour de la séduction ou de savoir ce que l'autre fait". Ce n'est que plus tard et "jamais dans l'immédiat", précise-t-elle, qu'une véritable complicité amicale peut renaître autour du lien parental.Autre configuration où le lien peut se maintenir : les couples formés à partir d'une amitié préexistante forte, qui parviennent parfois à revenir à ce point de départ. Néanmoins, pour la thérapeute du couple, c'est une situation assez rare. À l'inverse, dans les relations marquées par la souffrance, de la violence physique ou psychologique comme l'emprise, couper les ponts "est quasiment une nécessité".